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Machecoul, la «capitale historique du Pays de Retz», était en 1793 une petite ville active de 3600 habitants. On y faisait, entre autres, commerce de grain et de farine. Aux bourgeois négociants s'ajoutaient de nombreux fonctionnaires car Machecoul était devenue chef-lieu de district. Comme dans la plupart des villes, la population était plutôt favorable aux idées nouvelles: républicaine donc, mais sans excès.Les massacres de Machecoul
Mars-Avril 1793
A partir du dimanche 10 mars, comme partout dans le sud-Loire, les campagnes environnantes se soulèvent. A St-Philbert, 23 insurgés sont faits prisonniers par les gardes nationaux. La population s'ameute et décide de marcher sur Machecoul. C'est que Machecoul représente pour les paysans à la fois la puissance administrative, le siège de la commission de recrutement, la force armée républicaine et surtout la bourgeoisie aisée, volontiers méprisante et incompréhensive, à qui profitent la plupart des réformes.
Le lundi 11 mars au matin, les
paysans d'une trentaine de paroisses sont à Sainte-Croix, aux portes
de la ville, venus là pour manifester leur ferme opposition à
la conscription qui les frappe, alors que les fonctionnaires sont exemptés.
Ils sont venus, entre autres, du Pellerin, de Ste-Pazanne, Frossay, Bouguenais,
Brains, St-Hilaire, St-Lumine, St-Philbert, Paulx, Legé et même
de Vieillevigne.
La foule est impressionnante et
grossit sans cesse. Partout des faux, des piques, des fourches ou des gourdins.
Et par-dessus tout cela le brouhaha des hurlements, des invectives et des
cris de menaces.
En face, MAUPASSANT, confiant en
ses fusils, n'aligne qu'une ou deux brigades de gendarmerie et quelques
gardes nationaux. Malgré leurs baïonnettes croisées,
les Républicains sont terrorisés. Ils reculent puis s'enfuient
en désordre. D'une rue adjacente, des gardes nationaux tirent. La
foule, déchaînée, se rue alors sur les Bleus et se
répand dans la ville.
Il y a des morts : les chefs républicains
MAUPASSANT, FLEURY, MUSSET tués dans la débandade ainsi que
quelques gardes nationaux. Mais aussi des civils connus pour leurs sentiments
républicains, leur appartenance à la municipalité
ou au conseil de district : le juge MENARD, GASCHIGNARD, principal du collège.
Profitant de l'invasion paysanne,
des Machecoulais règlent leurs comptes comme ces femmes qui participent
au lynchage du curé assermenté LETORT. On pille les maisons
et on emprisonne les Républicains dans le château déjà
partiellement en ruines et dans le couvent des Calvairiennes. Toute la
journée, l'effectif des insurgés s'augmente de nouveaux arrivants.
Ils sont bientôt 6000 dans la ville.
Le lendemain il en arrive encore,
mais les règlements de comptes s'atténuent. L'avoué
SOUCHU forme un comité composé de notables modérés
pour ramener l'ordre et pourvoir aux besoins des occupants. On essaie de
négocier avec Nantes, mais en pure perte : les autorités
nantaises exigent une capitulation. Les positions sont inconciliables,
on s'oriente vers un affrontement armé, une véritable guerre
civile.
SOUCHU dissout aussitôt son
comité modéré et s'entoure alors de quelques chefs
insurgés. C'est le «Comité Royal» dans lequel
siègent de petits nobles locaux. On affiche clairement des sentiments
royalistes:
«Le peuple du Pays de Retz... déclare... qu'il ne reconnaît et ne reconnaîtra jamais que le Roy de France pour son seul et légitime souverain... qu'il ne reconnaît plus la prétendue Convention nationale, ni les départements, ni les districts...» (Déclaration du 12 mars).Le jeudi 14 mars, 80 paysans de La Garnache, ayant placé le matin même à leur tête le jeune lieutenant de vaisseau CHARETTE, font leur entrée à Machecoul. CHARETTE, comme les autres chefs insurgés, siège aussitôt au Comité Royal, mais sans influence prépondérante : il n'a pas encore fait ses preuves. Ce n'est qu'après l'échec de LA ROCHE SAINT-ANDRÉ à Pornic le 23 mars, qu'il s'imposera et deviendra par son succès du 27 mars, toujours à Pornic, le chef incontesté des Royalistes du Pays de Retz.
Les prisons de Machecoul s'emplissaient de Républicains amenés des communes environnantes. Certains étaient même parfois libérés, mais il n'y eut plus d'exécutions avant le 24 mars, date à laquelle on apprit à Machecoul le massacre par les Pornicais des prisonniers insurgés faits au cours des combats du 23.
Le 28 mars, après sa prise
de Pornic, CHARETTE est de retour à Machecoul avec une trentaine
de prisonniers. Mais dès le 27 mars, les massacres commencent. On
veut venger les exécutions de Pornic.
Un tribunal royaliste est donc
établi. Les prisonniers y sont jugés et le lendemain, après
avoir reçu la visite d'un prêtre, ils sont liés deux
par deux à une corde, constituant ainsi les fameux «chapelets
de Machecoul». Puis, agenouillés le long d'une fosse, ils
sont fusillés. Les corps tombent alors dans la fosse.
Certains ne sont que blessés
et meurent étouffés. D'autres réussissent à
s'enfuir à la nuit et viendront plus tard témoigner. Et ces
exécutions se renouvellent, non pas tous les jours, mais 5 à
6 fois entre le 27 mars et le 22 avril, jour de la reprise de la ville
par les troupes républicaines.
II y eut au total, selon les sources,
entre 100 et 1 100 victimes. Mais il faut tenir compte d'importantes exagérations
plus ou moins volontaires des témoins et historiens. Sans doute
entre 150 et 180 victimes si l'on s'en tient à une étude
récente sérieuse (1).
A la différence des massacres
de prisonniers effectués à Pornic, ceux de Machecoul ne concernaient
qu'un petit nombre de combattants. La plupart des victimes sont des civils,
des «patriotes» comme Philippe BOISSY, notaire, Louis-François
DUVAL, épicier, Charles FOUQUET, tonnelier, Jean-Pierre JAUBERT,
vice-Président du district, René CAVIEZEL, ancien maire,
etc... Beaucoup venaient aussi d'autres communes: Ste-Pazanne, Bourgneuf,
Beauvoir, Bois-de-Céné, Noirmoutier. C'est à Machecoul
que périt le curé assermenté de Brains, Antoine MECHIN,
ancien député aux États Généraux.
Le lundi 22 avril, à la tête des troupes républicaines, le général BEYSSER devient maître de la ville sans combattre: CHARETTE s'était réfugié la veille, avec ses troupes, à Legé. BEYSSER poursuit les Vendéens dans la campagne sans penser à libérer les derniers prisonniers qui sont vraisemblablement exécutés alors par SOUCHU. Le lendemain il revient à Machecoul et découvre les cadavres. SOUCHU et 14 insurgés sont pris et jugés. La plupart sont aussitôt exécutés. SOUCHU eut la tête tranchée.
(1) «Pour en finir avec les massacres de
Machecoul». Article de Simone LOIDREAU, agrégée d'histoire,
dans le bulletin du «Souvenir Vendéen» de décembre
1988.
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