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pendant la Révolution
En 1789, les transformations politiques agitent villes et campagnes dont les idées sont souvent opposées. Si la bourgeoisie est satisfaite de pouvoir s'emparer des responsabilités locales détenues auparavant par les nobles, les ruraux sont déçus de la disparition des impôts remplacés par des contributions parfois plus lourdes.En règle générale, dans l'Ouest, comme dans tout le pays, les ruraux sont incompris des citadins. Comme les paysans ne veulent pas être les laissés-pour-compte de la Révolution, ils interviennent brutalement dans le débat politique, en demandant que leurs revendications élémentaires soient entendues.
Dans l'Ouest surtout, une autre source de querelle naît des bouleversements religieux. Les curés qui n'ont pas prêté serment à la Constitution civile du Clergé, appelés pour cela «insermentés» ou «réfractaires» perdent progressivement le droit de célébrer le culte, doivent abandonner leur paroisse et sont remplacés par des prêtres «assermentés» ou «jureurs» refusés des populations rurales. Des bagarres éclatent lorsque les enfants nouveaux-nés sont rassemblés, militairement, pour être baptisés par le «jureur». Celui-ci, «l'intrus», a fort à faire lorsqu'il reçoit des pierres lancées par les enfants...
Pour la majorité des paysans, la lutte politique passe au second plan, après les intérêts locaux. En février 1793, une levée de
300 000 hommes est décidée par tirage au sort, ce qui rappelle des procédés employés par la monarchie et déclenche des émeutes, voire de véritables insurrections comme en Vendée et en Bretagne. La République envoie ses armées, les « Bleus», pour rétablir l'ordre. Contre les «rebelles de la Vendée et des départements voisins», la Convention décrète «la peine capitale pour toutes les personnes prises les armes à la main ou porteuses de cocardes blanches, couleur du Roi». C'est l'affrontement entre «blancs» et «bleus», la guérilla, les embuscades, les massacres, la guerre civile à laquelle participent hommes, femmes et enfants de tous âges.Au XVlllème siècle, les armées sont accompagnées de femmes et d'enfants. Ceux-ci rythment les marches au son du tambour ou du pipeau, s'occupent des chevaux, assurent les liaisons. Ces courriers, du côté «blanc», versés dans les moindres détours du pays, se glissent, invisibles, à travers les lignes des «bleus».
Ce sont des enfants qui portent dans leurs sabots les dépêches avec courage et adresse.
Charette, cerné par les «bleus» et les «colonnes infernales» était renseigné par des enfants courant nu-pieds dans la boue et dans la neige. Les enfants eux-mêmes aident les fugitifs : une pauvre petite fille sourde et muette avait compris les dangers des fugitifs et allait sans cesse les avertir, par ses gestes, du péril qu'ils couraient. Les menaces de mort, l'argent, rien n'ébranlait la discrétion des plus jeunes enfants...«Il y a quatre jours - écrivit le révolutionnaire Faurès - un détachement de la division Huché rencontre un petit paysan qui, sans doute, était placé là pour veiller au salut de quelque bande postée dans les bois voisins. Cet enfant, à peine âgé de neuf à dix ans, a été arrêté. Après un interrogatoire fait à coups de baibnnette, on a voulu lui promettre la vie s'il instruisait le détachement sur la route que devaient suivre les brigands. L'enfant a souri et a répondu avec la nonchalance hypocrite qui les caractérise tous: quand je vous dirais où ils sont, vous ne me croiriez pas. Et les traitements les plus durs, les promesses et les menaces n'ont pu l'amener à quelque révélation. Nos soldats l'ont tué. Une demi-heure après, de ce détachement, il ne restait plus que deux hommes ils étaient tombés dans une embuscade dont le petit était la sentinelle avancée».Françoise Chauvin, fille de fermiers, se chargeait d'aller dans les marais prévenir les soldats «blancs» quand les «bleus» y pénétraient...
D'autres démontaient les roues des charrettes pour empêcher le transport du ravitaillement des Républicains...
Certains renversaient des charrettes au milieu des chemins creux pour élever des barricades...
D'autres transportaient des munitions...
Carrier lui-même, lors de son procès, le reconnut:«Les enfants de treize à quatorze ans portent les armes contre nous et les enfants en plus bas âge encore sont les espions des brigands. Beaucoup de ces petits scélérats ont été jugés et condamnés par la commission militaire... ».L'armée républicaine enrôlait adolescents et enfants. Le plus connu est le jeune Bara, natif de Palaiseau près de Versailles, qui fut tué par les Vendéens alors qu'il venait de capturer deux chevaux. Un chant patriotique fut composé en son honneur, dont voici l'un des couplets:Si les jeunes enfants républicains, placés en ville, selon l'arrêté révolutionnaire, devaient mettre le vieux linge en charpie, leurs aînés devaient porter les armes.Par un grand excès de courage,
Bara se montre en vrai héros;
Malgré les brigands pleins de rage,
Il veut ramener deux chevaux;
Victime de leur barbarie
II fut percé de mille traits;
Ainsi Bara, pour sa patrie,
Finit ses jours en bon Français.
A Paimboeuf, le canton décide de lever des brigades de jeunes citoyens de neuf à quinze ans. La Convention, le 1er Août 1793, décrète : «...les effectifs militaires sont renforcés grâce à l'armée de Mayence et la réquisition obligatoire des conscrits et des volontaires de seize à soixante ans, moyennant une rétribution de trente livres par homme».
Des moyens financiers importants y sont consacrés : trois millions en 1793, auxquels viennent s'ajouter des souscriptions volontaires et de nouveaux impôts. Ces moyens en hommes d'armes étant peu efficaces, germe alors l'idée d'anéantir récoltes, habitations, refuges et habitants de Vendée.Suite au décret du 1e, août 1793, la Vendée subit les destructions et massacres des «colonnes infernales» commandées par le général Turreau.
Celui-ci envoie les instructions suivantes à ses lieutenants :«Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises, seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les femmes, filles, enfants... Les personnes seulement suspectées ne seront pas plus épargnées. Tous les villages, bourgs, genêts, et tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes».C'est alors une suite d'exactions effroyables aux dépens de la population, qui est perpétrée par les «colonnes infernales». A Clisson, en un quart d'heure, hommes, femmes, enfants, vieillards, sont précipités au fond du puits du château.«J'ai vu - écrivit le chirurgien Thomas - cent cinquante soldats maltraiter... des filles de quatorze et quinze ans, les massacrer ensuite et jeter de baïonnette en baïonnette de tendres enfants restés à côté de leurs mères étendues sur le carreau...».Cette tuerie systématique, ces rafles, sont complétées par les noyades en Loire et en Baie de Bourgneuf. La femme Pichot, vingt-cinquième témoin du procès de Carrier, demeurant à la Sécherie de Nantes, juste en face de l'endroit où l'on noie, déclare qu'elle a vu, du 18 au 20 brumaire, des charpentiers faire des trous dans une gabare: le lendemain, elle apprend qu'on avait «noyé grand nombre de femmes dont plusieurs portaient des enfants dans leurs bras».
A Bourgneuf en Retz, au large de Pierre-Moine, sont noyées quarante et une personnes dont plusieurs enfants. Une petite croix, au Collet, rappelle cet événement. Par contre, ces excès semblent avoir ému les Nantais. Certaines femmes adoptent un bon nombre d'enfants transportés dans la ville pour y être fusillés...
Cette forme de répression dure jusqu'en novembre 1794.En février 1795, les Vendéens de Charette et les Républicains entament des négociations dans le petit château de la Jaunaie, aux portes de Nantes... On invite les familles déportées à rentrer contre une prime de dix sous par enfant.
Pourtant, des enfants sont marqués à vie. Las Cases rapporte à Napoléon:«...bon nombre d'individus ont été recueillis dès leur enfance sans que l'on sût d'où ils venaient. Quelques-uns avaient sur leur personne des blessures dont ils ignoraient le principe, les ayant reçues sans doute au berceau».Devant cette description, l'Empereur s'écria:«Ah! voilà bien la guerre civile et son effroyable cortège; voilà ses inévitables résultats, ses fruits assurés! Si quelques chefs font fortune et se tirent d'affaire, la poussière de la population est toujours foulée aux pieds; aucun des maux ne lui échappe».
G. GILET École privée mixte - St-Cyr-en-Retz
D'après les ouvrages suivants
- Bretagne et Vendée (Pitre-Chevalier - Ed. Coquebert)
- Le génocide franco français (R. Sécher - Ed. PUF Histoire)
- Blancs et bleus dans la Vendée déchirée (J.-Cl. Martin - Ed. Gallimard)
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